Aucune nourrice ne parvenait à garder les jumeaux du milliardaire. Les candidates défilaient les unes après les autres, mais aucune ne résistait plus de quelques semaines. Jusqu’au jour où une gouvernante afro-américaine entra dans leur vie… et fit quelque chose d’aussi surprenant qu’inattendu.

La voix d’Edward Hawthorne éclata dans l’air comme un coup de tonnerre brisant une vitre. Figé sur le seuil de la chambre principale, il se tenait droit, le visage dur, tendu par une colère mêlée d’incrédulité. Son manteau dégoulinait de pluie, mais il n’y prêta aucune attention.

Son regard était rivé sur la scène devant lui : Maya Williams, assise dans le grand lit, les joues pâles et le souffle court. À ses côtés, les jumeaux, Ethan et Eli, profondément endormis, blottis contre elle comme deux naufragés enfin apaisés. L’un d’eux serrait son petit ours en peluche, qui montait et descendait doucement au rythme de sa respiration.

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Maya leva les yeux, les mains ouvertes dans un geste de calme.
— Je peux expliquer…, murmura-t-elle à voix basse, pour ne pas réveiller les enfants. Ils ont eu peur. Eli s’est mis à pleurer. Ethan s’est mis à saigner du nez…

Elle n’eut pas le temps de finir. Edward, emporté par sa rage, leva la main. La gifle claqua comme un coup sec. Maya chancela, haletante, portant sa paume à sa joue brûlante. Mais elle ne cria pas. Ses yeux restèrent ancrés aux siens, remplis non de peur, mais d’une stupeur glaciale.

— Tes excuses, je n’en veux pas, gronda Edward. Tu es renvoyée. Sors. Tout de suite.

Un silence pesa. Maya inspira difficilement, puis, d’une voix basse, répondit :
— Ils m’ont demandé de rester. Pour la première fois, ils étaient tranquilles. En sécurité.

— Dehors ! répéta-t-il, implacable.

Elle baissa les yeux vers les enfants endormis, déposa un baiser sur le front d’Eli, puis d’Ethan. Sans un mot de plus, elle enfila ses chaussures et passa devant Edward. Il ne fit rien pour la retenir.

Dans l’escalier, Mme Keller aperçut la trace rouge sur sa joue et écarquilla les yeux, choquée. Maya ne dit rien. Elle franchit la porte, la pluie s’étant changée en fine brume, et s’éloigna vers le portail, manteau serré autour d’elle.

Edward resta seul dans la chambre. Son souffle était lourd, son regard attiré par le lit. Les jumeaux dormaient d’un sommeil paisible qu’il n’avait pas vu depuis des mois. Pas de cris. Pas de sueurs froides. Pas de crises. Simplement deux enfants qui respiraient calmement. Une étrangère avait accompli ce que quatorze nourrices, des médecins et des thérapeutes avaient échoué à faire. Et lui… il l’avait frappée.

Sur la table de chevet, un papier plié. Ses doigts tremblants l’ouvrirent.

Si tu ne peux pas rester pour eux, au moins ne chasse pas celle qui le fera.

Il lut la phrase encore et encore.

Plus tard, assis seul dans son bureau, Edward contemplait le mot. Le verre de scotch restait intact. Sa main picotait encore du geste violent qu’il avait eu. Ce n’était pas l’homme qu’il croyait être. Mais il savait désormais qu’il devait changer.

Dans le couloir, il découvrit un carnet de croquis oublié par Maya. À l’intérieur, des dessins maladroits mais pleins de tendresse : deux enfants main dans la main, une maison trop grande, une silhouette aux bras ouverts entre eux. Dessous, ces mots :

Celle qui reste.

Pendant ce temps, Maya, assise sur un banc de gare, tentait de se réchauffer avec un café tiède. Elle n’avait pas cédé aux larmes face à Edward. Mais là, seule, elles jaillirent. Elle n’était jamais restée pour l’argent ni pour le prestige, mais uniquement pour ces deux enfants prisonniers de leurs cauchemars.

Le train siffla. Elle monta. Elle ne vit pas la Bentley noire entrer sur le parking au moment précis où le convoi s’éloignait.

Trois semaines plus tard

Les troubles étaient revenus. Les nuits blanches d’Ethan. Les saignements d’Eli. Edward comprit que ce n’était pas une affaire de traitement médical. C’était une question de confiance. De présence.

Il engagea un détective. Le fil de la piste le mena d’un refuge à Savannah à un petit diner à Macon, jusqu’à une boulangerie à Augusta. Là, derrière un comptoir, les joues poudrées de farine, elle était là. Maya.

— Je suis venu demander pardon, souffla-t-il. Et te supplier de revenir.
— Je ne sais pas si je peux encore leur être utile, répondit-elle doucement.
— Ils ont besoin de toi. Moi aussi. J’ai eu tort. La douleur m’a transformé en l’homme que je refusais d’être.

Maya le fixa longtemps.
— Tu ne m’as pas seulement chassée, Edward. Tu m’as humiliée. Blessée. Pourquoi te ferais-je encore confiance ?
— Parce qu’avec toi, ils dorment. Parce qu’avec toi, ils rient. Et parce que je t’offrirai désormais le respect et la sécurité que tu mérites.

Elle inspira profondément.
— Je reviendrai. Pour eux. Mais si tu trahis cette promesse, je partirai. Définitivement.
— D’accord, répondit-il sans hésiter.

Épilogue

À la villa, Ethan et Eli coururent vers Maya en criant son nom, agrippés à son manteau. Cette nuit-là, la maison s’endormit dans une paix qu’elle n’avait plus connue depuis des mois.

Dans son bureau, Edward contempla à nouveau le carnet de dessins. Deux enfants, une silhouette protectrice entre eux. Et, sous l’esquisse, les mots de Maya :

Celle qui reste.

Cette fois, il jura de tout faire pour qu’elle puisse vraiment rester.

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